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Le kambo : une pratique de nettoyage ancestrale et holistique issue d'Amazonie

Dernière mise à jour : 27 mars



En septembre 2022 à Ubud où je vis une partie de l'année, j'ai participé à une cérémonie du Kambo sous l'égide de Caitlin Thompson, femme médecine et pionnière dans le domaine de la recherche scientifique sur le sujet.


Qu'est-ce que le Kambo ?


Le kambo est un venin provenant d'une grenouille arboricole géante d'Amazonie appelée "Phyllomedusa bicolor" qui a la particularité, si administré en quelques gouttes sur une partie de la peau débarrassée de son épiderme, d'entrainer un effet d'élimination très fort : transpiration, vomissement, potentiellement diarrhée. C'est une véritable purge haute qui dure environ 30 minutes, parfois moins et parfois plus (une petite heure) en fonction de la réceptivité du sujet et de la dose de venin utilisée.


Cette "détox" qui se veut surtout hépatique, par empoisonnement littéralement, permet un nettoyage assez profond du foie qui laisse place à une sensation de légèreté connue des jeûneurs et des personnes pratiquant les purges à l'huile de ricin.


À titre personnel, ayant pratiqué différentes purges et des jeûnes à l'eau allant jusqu'à 2 semaines, j'ai trouvé que le nettoyage du Kambo est assez surprenant dans la sensation de légèreté que j'ai ressenti ensuite au niveau de mon foie. Et de manière générale, je me sentais très léger. Il faut le vivre pour le comprendre, avant je n'aurais jamais pu saisir dans les mots ce dont je vous parle ici.


Traditionnellement, quel est l'objectif de la prise du Kambo ?



Certains peuples d'Amazonie l'utilise pour nettoyer le corps de ses toxines physiques et subtiles, afin de remettre en circulation le flux de l'énergie vitale et éloigner les mauvaises énergies ("panema") afin d'enclencher un nouveau cycle de vie.


Une légende venant du peuple des Kaxinawà (population indigène de l'état d'Acre au nord du Brésil) chante l'Histoire d'un village où les habitants étaient très malades, sans que le chaman, du nom de Kampu, puisse faire quoi que ce soit pour y remédier avec ses plantes et ses herbes médicinales. Sous l'effet d'une plante qui connecte aux "mondes subtils", l'Ayahuasca, un Dieu de la forêt lui montra la vision d'une grenouille entre ses mains. Grenouille de laquelle il en tira une substance blanche (mucus sécrété par la grenouille au travers des pores de sa peau). L'esprit lui enseigna la médecine qu'il pouvait en tirer. Le village guérit. À sa mort, l'esprit de Kampu investit l'univers des grenouilles et la médecine issue des enseignements appris par Kampu devint le Kambo.



Les indiens le surnomment le "vaccin" de la forêt, car cette "thérapeutique" améliorerait l'activité du système immunitaire. Ici à Bali, où beaucoup de guérisseurs traditionnels du monde entier viennent vivre, échanger et évoluer, un certain nombre de personnes l'utilisent si ils sentent un affaiblissement de leur système immunitaire.


Avec notre regard d'occidental, beaucoup d'entre-nous peuvent se dire : " mais c'est quoi ce délire, doit-on s'empoisonner pour soutenir son immunité ? "... Et pourtant !


Comment obtient-on le Kambo ?


Traditionnellement, les indiens massent les cuisses de la grenouille afin de stimuler la production du venin que l'on récupère ensuite sur son dos, le plus délicatement possible. La substance blanche est alors déposée sur des plats en bambou où le liquide sèche à l'air libre. La grenouille est ensuite libérée. une fois le Kambo séché, il est mélangé à un peu de salive ou de l'eau. Il est prêt à l'emploi !


Il est certain aujourd'hui que la mode du Kambo entraine la maltraitance des grenouilles exploitées dans le simple but de fournir le venin. Il est important de choisir un professionnel de qualité, formé idéalement sur place et bénéficiant du kambo issu de la méthode traditionnelle. L'explosion de cette pratique au Brésil, en Angleterre ou en Hollande, invite vraiment à la prudence !


Je trouve cela très bien d'être curieux ou expérimentateur de techniques qui sortent du regard de notre société et de notre médecine. Mais cela doit être fait avec respect et conscience.



La cérémonie du Kambo


Nous étions 4 à vivre l'aventure avec notre femme médecine. Nous avons pris le temps de poser nos intentions, ce que le Kambo pouvait nous aider à transmuter dans nos vie, aussi bien sur le plan de la santé physique que la libération d'émotions. Il n'est pas rare de voir des participants pleurer lors de la cérémonie.


En cercle, nous avons prié ensemble et posé nos intentions dans une énergie commune liée à notre coeur. Ce fut un moment chaleureux et émouvant. Une fois le cercle rompu, nous avons repris nos places assises, en cercle également. La praticienne nous a insufflé du rapé dans le nez afin de nous aider à ancrer notre énergie au sol, en nous, et ainsi calmer le corps en préparation de la suite. Je n'ai pas pris de photos afin de respecter la cérémonie.


Les photos qui suivent illustrent la pratique.



Le rapé est souvent une combinaison de tabac pur, de cendre et de diverses plantes, graines, herbes, fleurs, toutes connues dans la pharmacopée traditionnelle. Selon la composition du rapé, nous avons différents résultats. Certains ancrent plus que d'autres. D'autres encore vont venir ouvrir la qualité de nos sens physiques et subtils. On l'utilise dans la cérémonie pour recevoir, sans blocage, le Kambo et remettre en mouvement les énergies vitales potentiellement entravées par des blocages.


Ensuite, Caitlin nous a demandé de nous allonger et de fermer les yeux afin de recevoir le Sananga. C'est un liquide contenant divers alcaloïdes et composés de type ibogaïne (molécule psychoactive), fabriqué à partir de la plante amazonienne Tabernaemontana ondulé.

Traditionnellement, le Sananga est utilisé pour ouvrir le troisième oeil, éclaircir notre vision subtile et intuitive de la vie. Il est également utilisé pour ses vertus anti-microbiennes, anti-inflammatoires et antioxydantes pour la santé des yeux. Caitlin laissa couler une goutte dans chaque oeil, les yeux fermés. La brulure est intense, instantanée et déjà qu'elle disparait. Quelques instants après, je me sentis vraiment détendu, bien, l'esprit vif et clair et en alignement avec ma conscience. Avec mes compagnons, je me vis m'ouvrir totalement à mon monde intérieur, j'étais exalté. Un seul mot pour définir cette expérience : clarté !


À partir de là, sur nos coussins, l'aventure commença vraiment face à nos bassines vides, Caitlin nous administra le Kambo.


La prise du Kambo


Caitlin alluma au feu des bâtonnets de bois de la vigne Titica (Heteropsis flexuosa) jusqu'à en voir naître le rouge de l'incandescence et nous brûla la peau, comme une piqûre chaude, selon un plan pré-établi, en 3 endroits différents en pointillé et en ligne. Pour ceux qui comme moi découvraient pour la première fois la cérémonie : 3 points. Pour un ami dont c'était la 4e : 7 points sur des zones précises des épaules et de la colonne vertébrale.



Vint le moment le plus désagréable de la cérémonie : boire environ un litre 1/2 d'eau afin de favoriser les futures éliminations.


En quelques minutes, j'ai bu plus que ce que je bois en une journée normale.


Une fois fait, elle nous administra le poison mélangé à du copeau de bois qu'elle posa en emplâtre sur les parties brûlées de la peau. En quelques minutes, le poison fit son office : transpiration, picotement des bras et des doigts, sensation de chaleur au niveau de la tête, le coeur qui pulse la chamade, nausées et... vomissements !



Puis finalement tout le monde alla aux toilettes, on s'est tous vidés des 2 côtés ! Une vraie purge ! Le Kambo étant assez violent et monopolisant la majorité de l'énergie du corps, il nous était impossible de nous lever (sinon clairement c'est l'évanouissement lié à la chute de la pression artérielle), donc c'est à 4 pattes sous la présence bienveillante de notre femme médecine que nous sommes allés les uns après les autres nous vider.


Dans ce type d'expérience, la bienveillance et le non-jugement font partie intégrante de l'aventure. Il faut vraiment être appelé par cette médecine pour s'y lancer, sinon aucun intérêt !


Environ 30 minutes après le début de la prise du Kambo, tout le monde s'endormit, certains au sol, d'autres arrivèrent jusqu'au lit mis à disposition. Pour ma part, je fus tellement épuisé, et paradoxalement si bien, que c'est sur le sol que Morphée m'invita à me reposer une heure !


Certains avaient le visage gonflé, d'autres non.


Quelles sont les bienfaits du Kambo ?


Traditionnellement, le Kambo procure :

  • réduction des douleurs chroniques

  • amélioration de l'humeur

  • renforcement du système immunitaire

  • amélioration de la digestion

  • diminution des états de stress et d'anxiété

  • augmentation de l'énergie du corps et de l'endurance physique

  • bien être intérieur

  • capacités cognitives améliorées

  • plus de clarté mentale


Que dit la science ?


Les témoignages dans mon entourage et d'autres issus de l'empirisme sont nombreux, mais je n'ai trouvé que très peu d'articles scientifiques mettant en avant les bienfaits du Kambo, car simplement peu de recherches ont été faites sur l'Humain, mais plutôt sur des analyses séparées de ses principes actifs (1). Cela ne m'étonne pas outre mesure, mais je comprends qu'actuellement la recherche augmente, c'est une très bonne nouvelle !


Les effets positifs du Kambo sur la santé résulteraient de la complexité de l'interaction de ses peptides bioactifs, (+100 composés), qui sont des chaînes courtes d'acides aminés qui fonctionnent comme des briques de construction pour les protéines, sur l'organisme humain (2).


La science, dont les premières études datent des années 1930, s'intéresse aujourd'hui de plus en plus au Kambo et les effets médicinaux prometteurs sont actuellement objet de recherche au sein de laboratoires (3).


Nous pouvons lire ici :


" En 1986, le chimiste italien Vittorio Erspamer, qui a été nominé deux fois pour le prix Nobel, a déclaré que les sécrétions cutanées des rainettes Phyllomedusinae, une famille qui comprend la grenouille kambo, « présentaient la plus grande variété et la plus grande abondance de peptides actifs trouvés chez tous les amphibiens. "


" Il y a beaucoup de peptides antimicrobiens, anticancéreux, antiparasitaires et vasodilatateurs [qui dilatent les vaisseaux sanguins et réduisent la pression artérielle] - vous l'appelez, c'est là", ajoute Christopher Shaw, professeur à la School of Pharmacy and Molecular Therapeutics à l'Université Queen's de Belfast qui étudie les peptides dans la peau d'une variété de grenouilles depuis des décennies. « Les sécrétions de la peau de grenouille contiennent des bibliothèques de peptides naturels, que nous pensons être apparentés à nos propres systèmes de production d'anticorps. Si vous regardez assez longtemps les peptides de la peau des amphibiens, vous trouverez des médicaments pour tout ce que vous voulez, et bien plus encore. "


Jusqu'à aujourd'hui, 70 brevets sur des composants isolés et synthétisés à partir du Kambo ont été déposés principalement aux états-unis (4).


Dans une interview pour Paris Match (et oui comme quoi haha), le professeur Mario Christian Meyer, spécialiste en neuropsychiatrie et neuropsychologie du développement, explique que le Kambo possède des batrachotoxines (puissant venin), reconnus par la science comme un agent qui renforce l'immunité et qui agit contre les virus (antiviral) (5).


Dans cet article pour Europe 1 (clique ici), Roxy raconte son témoignage des médecines ancestrales amazonienne et en tire un enseignement positif :


" Ici, quand ça ne va pas, on prend un antidépresseur ou un médicament. On ne se rend pas compte de tout ce que ça bousille à l’intérieur et tout ce que cela masque. Les Indiens travaillent avec une grenouille, qui s’appelle le kambo, une petite grenouille qui vit sur les arbres en Amazonie. Pour eux, c’est une médecine qui travaille sur l’âme et le corps. C’est le vaccin des tout petits. Des études scientifiques ont été faites là-dessus. On vous fait boire deux litres d’eau, puis l’on prend une baguette de bois pour faire de petites brûlures sur les bras pour les hommes, l’énergie du haut, et sur les jambes pour les femmes, l’énergie du bas. On pose ensuite le venin de la grenouille sur les brûlures. Cela vient travailler sur nos mémoires et qui l’on est. On ne peut dissocier le corps de l’âme. Il faut beaucoup de courage pour prendre conscience des blessures que l’on a pu vivre pendant que notre maman était enceinte ou à l’accouchement. Ce sont des choses qui jouent beaucoup sur notre psychologie et la façon dont on va vivre plus tard. Cela vient travailler sur nos mémoires et qui l’on est. "


Critiques et morts liées au Kambo


Il y'a quelques cas dans la presse qui font parler et qui donnent mauvaise réputation à cette pratique de santé ancestrale. Dans un cas connus d'une personne morte 30 minutes après la prise, nous savons que c'était un utilisateur chronique et qu'une réaction aiguë accumulée par une utilisation continue aurait pu être la cause de sa mort (6). En 2008 et en 2009, au Chili et au brésil, 2 personnes sont mortes, mais aucun examen médico légal. Je vous invite à lire l'article (6) de Eduardo Carchedi, Masters Student in Neuroscience, Universidad Autónoma de Barcelona, sous la direction de José Carlos Bouso, PhD, Scientific Director, ICEERS qui en parle bien !


Le Kambo est une "médecine" à ne pas prendre à la légère, qui doit être préparée, organisée et encadrée, par un professionnel adapté. Il est évident que ce genre de pratique ne se fait pas comme cela ou pour le fun, qu'il existe des dérives qui entrainent la mort ! On pratique cette médecine dans une visée de santé en acceptant une vision plus globale de la vie et du corps humain et surtout en respectant les précautions d'usage.


Précaution d'usage et contre-indications


- Il est totalement déconseillé de pratiquer le Kambo à la suite de la prise de Bufo (5-Meo-DMT) : attendre au moins 4 semaines !

- Ne surtout pas prendre de Kambo à la suite d'une cérémonie à l'Ayahuasca ou en préparation comme c'est le cas dans certaines tribus ! Attendre 3 jours après l'Ayahuasca avant de faire du kambo !

- Il est recommandé d'avoir une hygiène alimentaire brute, naturelle, non industrielle et fraiche dans les jours qui précèdent la cérémonie du Kambo.

- Il est recommandé de garder sa consommation de sel dans les jours qui précèdent la prise de kambo pour éviter l'hyponatrémie ou une toxicité de l'eau/une carence en électrolytes.


Le Kambo est contre-indiqué :


- femmes enceintes ou allaitantes

- personnes ayant eu une greffe d'organe

- sévères troubles du système immunitaire

- la Sclérose en plaques ou la Sclérose latérale amyotrophique

- problèmes cardiaques

- hypotension

- antécédents accidents vacsulaires

- chimiothérapie 4-6 semaines avant après

- antibiothérapie 4-6 semaines avant après

- épilepsie

- globalement prise de médicament quotidienne (à voir avec le praticien)

- maladie d'Addison

- lithiases rénales


Dans tous les cas, ne jamais pratiquer seul, se faire accompagner par un praticien expérimenté et bien formé, dans un cadre thérapeutique.

 

Sources :

  1. 1. Erspamer V, Erspamer GF, Severini C, Potenza RL, Barra D, Mignogna G, Bianchi A. 1993. Pharmacological studies of ‘sapo’ from the frog Phyllomedusa bicolor skin: a drug used by the Peruvian Matses Indians in shamanic hunting practices. Toxicon. 31(9):1099-111.

 

Article écrit par Adrien, praticien naturopathe, formateur et fondateur du site.


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