La pilule : une solution pour votre acné, vraiment ?

Mis à jour : janv 14



Si vous êtes une femme atteinte d’acné, sur le visage notamment, vous savez ô combien cela peut détruire votre confiance en vous et interférer avec votre vie sociale, surtout quand l’acné persiste ou apparaît à l’âge adulte. Si c’est votre cas, vous avez sûrement considéré ou même testé tous les traitements classiques tels que le roaccutane, les crèmes ou gels à base de préparations acides (acide salicylique ou glycolique par exemple) ou de rétinoïdes, le peroxyde de benzoyl, les antibiotiques pendant plusieurs mois1


… ou encore la pilule. 50% des prescriptions de pilule ont pour objet des problèmes autres que la contraception ; plus particulièrement, 14% concernent des problèmes de peau dont l’acné2. Dans de nombreux cas, la pilule et en particulier certaines ayant une indication dans l’acné peuvent en effet être « magiques » et transformer votre peau. Mais à l’arrêt de la pilule, vous pouvez tomber de très haut, car il y a de grandes chances pour que votre acné réapparaisse, et pire, qu’elle soit encore plus virulente qu’avant !


Ca fut mon cas : ma peau a commencé à se dégrader à la puberté, puis, une fois adulte, ma peau n’a fait qu’empirer d’année en année. J’ai pris la pilule pendant un an dans le seul but d’améliorer ma peau, et ça a marché ! Au terme de cette année là, j’ai décidé d’arrêter la pilule. Quelques semaines post pilule, ma peau se portait très bien… jusqu’à ce que l’acné reviennent, et finisse par être pire qu’avant la prise de pilule. Vous imaginez ma frustration et mon désespoir !


Cependant, l’étude de la physiologie du corps humain et des mécanismes de l’acné m’a permis de comprendre d’où venait mon acné, pourquoi la pilule avait amélioré les choses momentanément pour les empirer par la suite, et de mettre en place un protocole alimentaire, de mode de vie, et de compléments alimentaires pour agir à la source du problème.


Dans cet article, j’aimerais partager avec vous le pourquoi du comment pour vous permettre de faire un choix informé quant à la pilule en relation avec l’acné.


Qu’est-ce c’est qu’un bouton d’acné ?


Le sébum (l’« huile » que vos glandes sébacées produisent) éventuellement produit en quantités excessives se retrouve coincé dans vos follicules (vos pores) avec les bactéries qui se trouvent naturellement sur la peau du fait de l’hyperprolifération des kératinocytes (autrement dit, la production de cellules de peau en excès qui finissent par boucher vos pores). Les bactéries peuvent proliférer et contribuer à la formation d’acné.

Si le sébum et les bactéries sont sous la surface de la peau, ils créeront un comédon fermé encore appelé microkyste se présentant sous forme de rougeur puis de bouton blanc.

Si le pore est ouvert à la surface de la peau, le sébum s’oxyde au contact de l’air et devient un comédon fermé, soit un « point noir ».


Enfin, un microkyste peut devenir inflammatoire si le follicule se rompt et étend le foyer infectieux3.


Les causes physiologiques de l’acné adulte



Elles sont multiples4-5  et une ou plusieurs peuvent être à l’oeuvre en même temps dans votre corps :


Trop-plein d’hormones androgènes :


Les hormones androgènes sont les fameuses hormones « masculines » (testostérone, DHEA6, DHEA-S7) qui sont présentes chez la femme en bien plus petites quantités que chez l’homme. Quand elles sont produites en excès chez la femme, elles déclenchent l’hyperproduction de kératinocytes, augmentent la production de sébum et ainsi produisent de l’acné. Cet excès d’hormones androgènes est souvent dû au zèle de l’enzyme 5-alpha-reductase qui transforme la testostérone en DHT8, un métabolite ayant une activité androgénique beaucoup plus élevée.

Pics d’insuline et IGF-19 :


Quand on mange du sucre, il passe ensuite dans le sang, et augmente ainsi la glycémie (le taux de sucre dans le sang). Or tout comme la température, la glycémie est une variable qui doit rester plus ou moins constante pour permettre à notre corps de fonctionner correctement. Quand la glycémie augmente, le pancréas va donc sécréter l’hormone insuline, qui va rediriger le sucre en trop dans le sang vers les cellules pour les nourrir ou pour faire des stocks d’énergie. Ainsi, la glycémie revient à une valeur normale.


Quand on mange quelque chose de sucré sans suffisamment de fibres, protéines ou bons gras avec (par exemple une part de gâteau, des bonbons, un plat préparé dans lequel il y a du sucre ajouté, un jus de fruits ou encore des céréales raffinées comme du riz blanc), la glycémie augmente beaucoup, ce qui déclenche un pic d’insuline. Or l’insuline sécrétée en pic déclenche l’IGF-1, une hormone de croissance qui à son tour va augmenter la production de sébum, et l’hyperproduction de kératinocytes créant ainsi de l’acné. De plus, l’IGF-1 stimule la production d’hormones androgènes en excès par les ovaires et crée ainsi de l’acné (cf. point précédent). Enfin, l’IGF-1 réduit le nombre de SHBG10 (une protéine qui s’attache aux hormones androgènes en excès telle un aimant pour les retirer de la circulation) ce qui augmente ainsi le taux d’hormones androgènes en circulation, créant ainsi de l’acné.


Inflammation :


L’inflammation est un outil parmi la grande boîte à outils du système immunitaire qui est utilisée de manière ponctuelle et locale quand il y a un petit ou un gros souci : coupure, brûlure, présence d’un virus à éliminer…

L’inflammation nous permet ainsi de combattre une situation critique de manière momentanée mais intense de sorte à résoudre le problème.

Or la consommation d’aliments pro-inflammatoires (sucre raffiné, huiles hydrogénées, aliments riches en omégas 6, alcool…), un mindset inflammatoire (stress, anxiété, pensées négatives…) ou encore une activité physique trop intense et donc inflammatoire peuvent créer un trop-plein d’inflammation dans le corps, qui peut contribuer au processus de formation d’acné.


Fonctions hépatique et digestive :


Le foie est un organe responsable de plus de 500 fonctions, dont la fameuse « détoxification », c’est-à-dire le fait de mettre les déchets (les toxines) de côté pour ensuite les faire sortir du corps par les les intestins (selles), les reins (urine), la peau (sueur), les poumons (dioxyde de carbone). Il est aussi responsable de gérer les hormones au quotidien (création, désactivation, recyclage ou encore excrétion des hormones usées par exemple) notamment l’oestrogène qui est une hormone de croissance (comme l’IGF-1). Si le foie ne fait pas son travail de manière assez efficace, l’oestrogène ne va pas être bien éliminé, va être présent en excès, et peut contribuer à l’acné.


Quant à la fonction digestive, le microbiote intestinal joue un rôle important dans l’acné. Il s’agit de l’ensemble des bactéries (bonnes et mauvaises) qui résident dans nos intestins. C’est un vrai partenariat : on offre un nid douillet aux bactéries et en retour, elles régulent de nombreuses fonctions dont l’équilibre hormonal. Un microbiote intestinal en déséquilibre (c’est-à-dire en présence de bactéries potentiellement néfastes en excès par rapport aux bonnes bactéries) peut contenir l’enzyme beta-glucuronidase qui remet l’oestrogène (qui était alors prêt à être excrété dans les selles) en circulation dans le sang, contribuant ainsi au trop-plein d’oestrogène et potentiellement à l’acné.



Pourquoi la pilule peut « effacer » l’acné ?


La pilule est constituée d’une très haute dose d’hormones synthétiques (c’est-à-dire non présentes dans la nature et fabriquées par l’homme) qui ressemblent à notre oestrogène et notre progestérone mais qui n’en sont pas. Nommons-les « pseudo-oestrogène » et « pseudo-progestérone11 ».

Ces « pseudo-hormones » se retrouvent dans notre sang. Notre cerveau détecte alors beaucoup de pseudo-oestrogène et de pseudo-progestérone dans le sang en pensant qu’il s’agit d’oestrogène et progestérone naturelles, et ordonne alors aux ovaires d’arrêter d’en produire. En effet, puisqu’il y en a déjà assez en circulation, pourquoi continuer à en fabriquer ?


Ainsi la pilule « trompe » le cerveau, et éteint la communication entre le cerveau et les ovaires qui se mettent alors en « congé sabbatique ».

Or les ovaires produisent non seulement de l’oestrogène et de la progestérone, mais également une grande partie de nos hormones androgènes12. Leur production est donc stoppée sous pilule puisque rappelons-le, les ovaires sont en « congé sabbatique ». Sans androgènes, pas de sur-production de kératinocytes et de de sébum, et donc pas d’acné.


Pourquoi l’acné revient à l’arrêt de la pilule ?


À l’arrêt de la pilule, le cerveau détecte l’absence de pseudo-oestrogène et de pseudo-progestérone dans le sang, et va ainsi ordonner aux ovaires de reprendre du service. La connexion cerveau-ovaires se rétablit, et les ovaires recommencent à produire de l’oestrogène, de la progestérone et des androgènes. Dans le cas des hormones androgènes, les ovaires peuvent s’en donner un peu trop à coeur-joie et les sécréter en excès et parfois plus encore qu’elles ne l’étaient avant la prise de pilule, contribuant ainsi à l’hyperproduction de sébum, de kératinocytes et donc à l’acné.


Par ailleurs, la pilule affecte bien d’autres systèmes que le système reproducteur : elles est inflammatoire, est un fardeau pour le foie, perturbe la régulation de la glycémie… trois facteurs qui interviennent dans l’apparition de l’acné.

Si vous ne prenez pas soin de ces facteurs pour les « retaper » à l’arrêt de la pilule, il est probable que ces dysfonctionnements persistent et que l’acné reste là de manière prolongée.


La pilule : un choix à considérer longuement et sérieusement


La pilule est donc certes un moyen d’obtenir un peu de répit, mais ne règlera pas le problème sous-jacent. D’autant plus qu’elle a de nombreux effets ricochets non seulement sur notre système reproducteur mais sur tous les autres aspects de notre santé :


- l’œstrogène, en plus de faire maturer un ovule chaque mois ou encore de faire croître l’endomètre (le sang recouvrant l’utérus que l’on perd lors des règles), permet de construire de l’os. Sans oestrogène, nos os peuvent se fragiliser et le risque de développer de l’ostéoporose augmente.la progestérone permet non seulement de maintenir une grossesse mais aussi de déclencher la production de GABA13, un neurotransmetteur lié au calme et à la relaxation qui contribue au maintien de notre humeur.

- Sans progestérone, il est donc commun de ressentir irritabilité, émotivité exacerbée, ou même de faire une dépression. la testostérone et les autres hormones androgènes nous permettent d’avoir une libido, d’avoir des orgasmes et d’être attirées par notre partenaire. Sans hormones androgènes, la libido disparaît, certaines personnes se trouvent dans l’impossibilité d’atteindre l’orgasme ou ont des orgasmes moins agréables, et l’attirance pour leur partenaire peut disparaître (et vice versa !)14-15 .


Sans compter que la pilule perturbe la régulation de la glycémie, l’équilibre du microbiote intestinal, surcharge le foie, réduit nos stocks en certains minéraux et vitamines, affecte la thyroïde, les glandes surrénales… etc.

Et comment ne pas évoquer l’augmentation des risques de développer des maladies ou des accidents vasculaires, un diabète de type 2 et des cancers hormono-dépendants sous pilule ?16

La pilule n’est donc qu’un moyen de masquer l’acné, de la maintenir « dormante », jusqu’à ce que vous arrêtiez de la prendre et que vos hormones reprennent du service comme avant voire avec encore plus d’entrain.


Alors que faire ?


Agir à la source du problème !

Voici quelques pistes basiques pour démarrer :

Réduire l’inflammation existante : mangez des fruits et légumes riches en antioxydants, réduisez votre apport en omegas-6 et augmentez votre apport en omégas 3,

Éviter d’ajouter de l’inflammation à l’inflammation existante : évitez le stress, évitez de manger des aliments inflammatoires comme le sucre, les additifs, les céréales raffinées…

Inhiber la production excessive d’hormones androgènes : en régulant votre glycémie (cf. point suivant) et en corrigeant une éventuelle déficience en zinc.

améliorer le contrôle de la glycémie et réduire l’IGF1 : évitez les produits laitiers de vache, mangez des repas contenant suffisamment de fibres, de protéines et de bons gras pour ralentir l’absorption des sucres dans le sang.

Optimiser la fonction hépatique : évitez l’alcool, mangez des aliments riches en vitamines du groupe B, en magnésium et en zinc.

Il s’agit là de premières pistes ; pour aller plus loin et obtenir un accompagnement personnalisé, consultez un praticien de santé.

1 Gollnick, H.P. (2015). ‘From new findings in acne pathogenesis to new approaches in treatment.’ Journal of the European Academy of Dermatology and Venereology : JEADV, 29, Suppl 5 pp.1-7. Available at: https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/jdv.13186 (Accessed 23/09/2019)

2 Dr. Jolene Brighten. (2019). Beyond The Pill. New York: HarperCollins Publishers

3 Gollnick, H.P. (2015). ‘From new findings in acne pathogenesis to new approaches in treatment.’ Journal of the European Academy of Dermatology and Venereology : JEADV, 29, Suppl 5 pp.1-7. Available at: https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/jdv.13186 (Accessed 23/09/2019)

4 Danby, F.W. (2010). « Nutrition and acne. » Clinics in dermatology, 28 (6), pp.598-604. Available at: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21034984 (Accessed 23/09/2019)

5 Pappas, A. (2009). ‘The relationship of diet and acne.’ Dermato-endocrinology, 1 (5), pp. 262-267. Available at: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2836431/ (Accessed 23/09/2019)

6 déhydroépiandrostérone

7 déhydroépiandrostérone-sulfate

8 di-hydro-testostérone

9 insulin-like growth factor 1

10 sex hormone binding globulin

11 plus précisément, la progestérone est produite par l’ovule qui se transforme en corps jaune lors de la phase lutéale du cycle menstruel

12 Piltonen, T. Koivunen, R. Morin-Papunen, L. et al. (2002). ‘Ovarian and adrenal steroid production: regulatory role of LH/HCG’, Human reproduction, 17 (3), pp.620-4.

13 acide γ-aminobutyrique

14 Davis, S.R. Tran, J. (2001). « Testosterone and sexual desire in women. » Journal of Sex Education and Therapy, 25 (1), pp.25-32. Available at: https://www.researchgate.net/publication/289160748_Testosterone_and_sexual_desire_in_women (Accessed 23/09/2019)

15 Havlicek, J. Craig Roberts, S. Flegr, J. (2005). ‘Women’s preference for dominant male odor: effects of menstrual cycle and relationship status. » Biology Letters, 1 (3), pp. 256-259. Available at: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1617143/ (Accessed 23/09/2019)

16 Helmerhorst, F.M. Vandenbroucke, J.P. Doggen, C.J.M. Rosendaal, F.R. (2009). « The venous thrombotic risk of oral contraceptives, effects of oestrogen dose and progestogen type: results of the MEGA case-control study. » BMJ, 339, pp.1-8

Article écrit par Marion Nutrition, nutrithérapeute spécialisée dans les problèmes hormonaux féminins et rédactrice chez Juste Naturo.


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