Injections d’eau de mer : les étonnants résultats rapportés par René Quinton

Au début du XXᵉ siècle, des nourrissons mourants de gastro-entérite reprennent du poids et des malades de la peau voient leurs lésions disparaître. Leur traitement : de simples injections d'eau de mer sous la peau. Derrière cette méthode, un homme, le biologiste français René Quinton (1866-1925).
Aujourd'hui, l'eau de Quinton se boit en ampoules, et beaucoup ignorent qu'elle a d'abord été un traitement injectable, utilisé pendant des décennies. Comment Quinton en est-il arrivé à injecter de l'eau de mer ? Quels résultats a-t-il obtenus ? Et pourquoi ces injections ont-elles disparu ?
La théorie de Quinton : la « constance marine »
Quinton part d'une idée simple : la vie est née dans la mer, et nos cellules auraient conservé ce milieu d'origine. Selon lui, les liquides dans lesquels baignent nos cellules (le milieu intérieur) reproduisent la composition de l'eau de mer primitive. Il appelle ce principe la loi de constance marine et l'expose en 1904 dans son unique ouvrage, L'Eau de mer, milieu organique.
De là découle son intuition thérapeutique : si notre milieu intérieur est d'origine marine, une eau de mer bien préparée pourrait le régénérer et le reminéraliser.
Pour le démontrer, Quinton ne se contente pas d'analyses chimiques : il va injecter de l'eau de mer, d'abord à des animaux, puis à des patients.
Le plasma marin : une eau de mer conçue pour être injectée
L'eau de mer contient en moyenne 33 à 35 g de sels par litre, trop pour être injectée telle quelle. Quinton la prélève au large, la filtre à froid, puis la dilue avec de l'eau de source jusqu'à une salinité de 9 g/L. C'est la concentration du plasma sanguin : la solution est dite isotonique, et peut donc être introduite dans l'organisme sans agresser les cellules. Quinton la baptise « plasma marin ».
Dans son esprit, ce plasma marin pouvait remplacer le milieu intérieur appauvri, nourrir les cellules et aider l'organisme à se régénérer. Restait à le prouver.
Première étape : les injections sur l'animal (1897)
Pour éprouver sa théorie, Quinton mène en 1897 une série d'expériences au laboratoire d'Étienne-Jules Marey, aux Hautes Études du Collège de France.

Une perfusion massive. Il injecte à un chien de 10 kg 6,6 kg d'eau de mer isotonique, soit les deux tiers de son poids. L'animal la supporte sans dommage apparent.
Une saignée suivie d'une injection. Il saigne un chien de 12,4 kg jusqu'à ne plus pouvoir prélever de sang (491 g en quatre minutes), puis lui injecte 532 cc d'eau de mer isotonique. Le lendemain, le chien trotte dans le laboratoire. Une infection de la plaie lui donne quelques jours de fièvre, mais il retrouve toute sa vitalité au huitième jour et vivra encore cinq ans.
Quinton y voit la preuve que le plasma marin peut remplacer le milieu intérieur et aider l'organisme à reconstituer son sang. Ces résultats n'ont toutefois jamais été reproduits selon les standards scientifiques actuels et restent controversés.
Deuxième étape : les injections sur l'humain
En juin 1905, Quinton présente à l'Académie de médecine un mémoire sur l'injection sous-cutanée d'eau de mer isotonique chez dix-huit malades de la tuberculose. En 1907, il brevette son « sérum de Quinton » et ouvre à ses frais, le 26 mars, le premier « dispensaire marin », rue de l'Arrivée, près de Montparnasse.
La méthode :
Le plasma marin est injecté sous la peau, et non dans une veine. Les doses vont de 30 cc chez le nourrisson à 200 cc chez l'adulte, deux à trois fois par semaine, sur des semaines ou des mois.
Les patients :
On y soigne gratuitement des nourrissons atteints de choléra infantile, de gastro-entérite ou d'athrepsie (dénutrition sévère), mais aussi des adultes souffrant de troubles digestifs ou de maladies de peau comme l'eczéma et le psoriasis. Quinton documente ses cas par des photos avant-après.
Le rayonnement.
D'autres dispensaires ouvrent en France. Des médecins britanniques viennent observer la méthode à Paris et fondent un Institut Quinton à Londres. Le traitement reste ensuite inscrit au Vidal pendant des décennies.
« L'eau de mer est en sympathie avec chaque partie de notre corps. » — René Quinton
3 cas exemples :
Ces comptes rendus figurent parmi les nombreux cas consignés par Quinton et ses médecins. Ils sont résumés ici d'après le site Ocean Plasma.
Patient | Trouble | Protocole d'injections | Résultat rapporté |
Jeune femme, 20 ans | Psoriasis généralisé depuis 6 ans, résistant aux traitements | 30 à 200 cc deux fois par semaine pendant 10 mois (9,5 L au total) | Guérison complète |
Jeune femme, 20 ans | Dyspepsie, entérocolite, vomissements quotidiens depuis 2 ans, amaigrissement extrême | 30 à 75 cc trois fois par semaine | +7 kg en 2 mois, retour des règles au 45ᵉ jour, guérison |
Nourrisson, 3 mois et demi | Entérite avec perte de poids continue (2,65 kg) | 30 à 50 cc trois fois par semaine (500 cc au total) | Poids doublé en un peu plus de 2 mois, développement normal |
Des résultats à lire avec recul
Ces observations sont frappantes, mais elles datent du début du XXᵉ siècle. Elles n'ont pas été menées avec les méthodes actuelles, comme les groupes témoins, et ne constituent pas une preuve d'efficacité au sens moderne.
Dès 1913, la méthode est d'ailleurs discutée. Au Caire, le professeur Day compare chez des nourrissons atteints de diarrhée aiguë le plasma de Quinton, une solution saline classique (Ringer) et une eau de mer locale diluée selon la méthode Quinton. Selon la revue médicale The Hospital, ses essais ne montrent pas d'avantage net du plasma de Quinton sur les autres solutions. Pour ses détracteurs, c'est surtout la réhydratation qui sauvait ces enfants, quel que soit le liquide injecté.
Pourquoi les injections ont-elles disparu ?
Le plasma de Quinton injectable a été commercialisé comme médicament pendant des décennies. Il a perdu son autorisation de mise sur le marché (AMM) dans les années 1990, lors de l'évolution de la réglementation européenne du médicament, et a été retiré du Vidal.
Les Laboratoires Quinton, aujourd'hui installés à Alicante, en Espagne, perpétuent le protocole de prélèvement de René Quinton. Ils commercialisent l'eau de Quinton sous forme d'ampoules buvables (compléments alimentaires), de sprays nasaux, oculaires et dermatologiques. D'autres marques proposent aussi du plasma marin préparé selon la méthode Quinton.
Comment l'eau de Quinton est-elle préparée ?
La fabrication suit le protocole défini par René Quinton :
Le prélèvement. L'eau est pompée au large, à 20 ou 30 mètres de profondeur, dans des tourbillons marins (vortex) riches en plancton, loin des sources de pollution côtières.
Une première filtration sur place, pour retirer les plus grosses impuretés.
Une double microfiltration à froid (0,22 µm), qui élimine les micro-organismes sans chauffer l'eau. L'objectif est de préserver sa composition minérale et sa matière organique.
La dilution dans une eau de source faiblement minéralisée, pour la version isotonique uniquement.
La mise en ampoules en conditions stériles.
Aujourd'hui : l'eau de Quinton buvable, hypertonique ou isotonique
Faute d'injections, l'eau de Quinton se prend désormais par voie orale. Elle existe sous deux formes, qui diffèrent par leur concentration et par l'usage qu'en fait la naturopathie.
Hypertonique | Isotonique | |
Composition | Eau de mer pure, non diluée (environ 33 g/L) | Eau de mer diluée dans de l'eau de source (9 g/L) |
Action recherchée | Rapide, revitalisante, dynamisante | Plus douce, régénérante, adaptée aux cures longues |
Usages traditionnels | Fatigue physique et nerveuse, convalescence, déminéralisation, préparation sportive (crampes) | Carences, troubles digestifs, problèmes de peau (eczéma, psoriasis), soutien des défenses, hydratation |
Prise habituelle | Une à deux ampoules le matin à jeun, diluées dans de l'eau | Une à plusieurs ampoules par jour, pures ou diluées |
Précautions | Déconseillée en cas d'hypertension, de maladie rénale ou cardiaque, de régime sans sel et pendant la grossesse | Peu de contre-indications, mais un avis médical reste utile en cas de maladie chronique |
L'eau de Quinton apporte du magnésium, du potassium, du calcium et de nombreux oligo-éléments en petites quantités. Le magnésium contribue à réduire la fatigue et au fonctionnement normal du système nerveux et des muscles.
Quelle eau de Quinton choisir ?
Celle du laboratoire Herbolistique.
Hypertonique, méthode Quinton.
Une eau issue de la mer d'Alboran, dans une zone protégée déclarée réserve de la biosphère par l'UNESCO depuis 1997. Cette mer est très minéralisée grâce aux 7 volcans actifs sous-marins qui libèrent en permanence des minéraux issus du magma terrestre.
L'eau de mer est puisée à 1300 mètres de la côte (pour éviter le trafic maritime) et à 38 mètres de profondeur (pour éviter tout polluant).
Elle est pure, vivante et naturellement riche en minéraux (39 g/l).
Riche en minéraux (39 g/l) : en magnésium naturellement bioassimilable (104 mg/60 ml), et en iode (4.6 µg/60 ml).
Notre méthode de filtration : microfiltration à froid.
L'eau n'est pas chauffée, mais microfiltrée à froid (0.22 µm).
Sans additif ni conservateur.
Absence de métaux lourds, pesticides, herbicides et autres polluants.
Sources
René Quinton, L'Eau de mer, milieu organique, Masson, 1904.
Saline Injections in Infantile Diarrhœa – The Hospital, 1913

Article écrit par Adrien Ruet, praticien naturopathe, formateur et fondateur du site.
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