Violée, Camille nous raconte son parcours pour retrouver son intégrité et guérir de son Intrusion.

Mis à jour : janv 15



Comment commencer un tel article ? Un article qui me met dans une grande vulnérabilité malgré l’exposition à laquelle je me soumets déjà avec mon travail… Je suis naturopathe et sexothérapeute.


Je vais commencer simplement en te disant que si tu es sensible aux histoires de violences physiques et sexuelles, si tu as des trauma non-résolus, ou que simplement tu ne te sens pas de lire cet article, écoute-toi. Ne te force en rien. Tu ne gagneras pas une médaille si tu le finis. Tu n’as pas à t’imposer ça ou te faire du mal.


Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai été une inadaptée, à côté de mes pompes, bizarre par rapport aux autres. Sexuellement, je n’y ai pas manqué. Je ne me sentais pas normale, je n’y arrivais pas.


J’avais la sensation (horrible) de porter le poids d’un viol, d’avoir été agressée sans m’en souvenir (j’en avais aussi les habitudes… Je couchais avec n’importe qui, n’importe comment, sans prendre aucune précaution – ça peut être une des manières de réagir des personnes ayant vécu un trauma).

J’ai vécu des rapports non-consentis où je me forcais. Pourquoi ? Pour avoir la paix. Etre aimée. Garder mon compagnon. Parce que trop bourrée. Parce que pas su dire non. Parce qu’on se dit “ça passera vite”.


En creusant, en confrontant des membres de ma famille. J’ai découvert un secret. Une femme proche qui avait été violée. Je n’en saurai pas plus, les choses sont dites à moitié, mais j’ai compris pourquoi je me sentais comme ça depuis toujours… la mémoire de son viol est arrivée jusqu'à mes cellules, mon subconscient, et des mécanismes et des schémas comportementaux se sont mis en place sur la base de cette blessure familiale, sans que j'en ai réellement conscience.


La vie continue, je porte ce secret de famille en moi, comme une patate chaude sans trop savoir qu’en faire… Je continue à ne pas trop faire attention, à faire confiance…


Jusqu’au jour où j’ai vu le grand méchant loup.

Jusqu’à la fois de trop.

La fois qui m’a marqué.

La fois qui me fait dire “j’ai été violée”.


Comme si toutes les autres fois ne comptaient pas, ou avaient été les prémices de cette fois-ci.


J’étais jeune, mais pas tant. En voyage seule. Hébergée par un homme qui me parait bien en tout point, chirurgien brillant, hyper sympa, il me fait visiter sa ville… Jusqu’au milieu de la nuit où je me rends compte que ses intentions ne sont pas si innocentes. Et où je me retrouve muette, bloquée, incapable de bouger, de dire non, de réagir. Alors je ferme les yeux et j’attends que ça passe. Parce-que ça passe toujours.


(Je suis capable de te raconter ça, parce que j’ai fait un travail incroyable sur moi. Que le trauma n’est plus chargé en moi. Et pourtant, en écrivant, les mots viennent difficilement, tout mon corps est tendu, comme dans un ultime effort de protection.)


Et ça passe.


Après ça… Je fais quelque chose de magique, quelque chose d’essentiel à la survie que les victimes d’abus et de trauma font : je travestis la réalité. Je me raconte une histoire. J’oublie.


Ma petite histoire, ça a été “je suis une fille libérée, j’en avais envie, je l’ai cherché, dormir seule chez un mec, je m’en doutais bien. Et puis je suis polyamoureuse alors ça me va.” – je n’étais donc pas une victime d’agressions sexuelles. Par la suite, j’ai enchainé les relations à risques +++. Aucune protection, rien à foutre. Je devais survivre, et pour survivre, je devais être aimée, protégée.


Il m’a fallu plus de 2 ans pour réaliser la vérité sous l’histoire. Que non, je n’étais pas si libre, que j’avais été violée (ne serait-ce que réussir à dire, écrire ce mot “viol”, “violée”, a été extrêmement difficile, mais nécessaire à mon chemin de libération).


Ça m’a éclaté en pleine poire. Jusque là, je le savais sans le savoir. C’était à la limite de ma conscience…J’enchaine les réalisations : peur des hommes, insécurité chronique, utilisation du sexe à mauvais escient…

Et j’attaque le chemin de guérison. 6 bons mois. J’en sors à peine…


La guérison m’a paru longue et douloureuse. Pendant cette période, j’ai eu beaucoup de mal à avoir des rapports sexuels, je n’avais que peu de désir, je me sentais en danger constant, j’avais peur de tout, je n’avais pas de plaisir, j’avais de grosses douleurs dans le vagin et au niveau de la vulve. A chaque pénétration, mon sexe me brulait.


Et puis, quand on tentait de faire l’amour avec mon amoureux… C’était crise de larmes, grande détresse, j’oubliais que c’était l’homme que j’aimais sur moi, je voyais “mon agresseur”.


Il posait sa main sur moi, j’avais peur. On se regardait dans les yeux, j’avais des films dans ma tête où je le voyais me frapper, m’étrangler, me faire mal.


J’ai vécu des nuits noires de l’âme. Des nuits où j’étais douleur, où je me réveillais et je me disais “il vaudrait mieux que tu meurs pour arrêter tout ça”. J’étais déprimée. J’avais honte de vivre ça, je suis sexothérapeute merde. Je m’en voulais “qu’est-ce que tu es conne de t’être fait avoir”. J’étais en colère contre moi, l’homme qui m’avait fait vivre ça, le monde, “pourquoi moi ?”. J’avais la rage. J’ai tellement hurlé, pleuré, donné de coups (dans des coussins)…


Heureusement… C’est mon métier d’accompagner ces situations, alors j’ai bossé sur ma sécurité, vider la charge émotionnelle du trauma, libérer les mémoires du corps (oeuf de yoni and co…). J’ai été accompagnée toutes les semaines par des collègues, je voyais une praticienne en psychologie biodynamique 1 fois par mois et j’ai vu une hypnothérapeute, praticienne en EMDR 1 fois.



Et petit à petit, les choses ont bougé… Ça s’est fait doucement, progressivement. Il fallait laisser le temps. Laisser le temps au corps de cicatriser, de panser ses plaies.


Je comprends mieux ma mission qui est “je ne veux plus jamais que de femmes vivent de violences sexuelles”.


J’ai pardonné à moi, à ma lignée, à l’homme qui m’a violé. Je lui ai même écrit pour lui raconter ce que j’avais vécu, parce que je suis sûr que pour lui, ce n’est pas un viol ou ce n’est pas si grave.


Et je me suis réappropriée mon corps. Le plaisir, le désir, la douceur de vivre sont revenus… La joie d’être simplement.


Ce que j’ai vécu a été un chemin initiatique d'une extrême douleur. Et en même temps, je sais que je peux accompagner les femmes maintenant… Mes amies, ma soeur, mes clientes. Toutes celles qui viendront me chercher parce qu’elles se reconnaissent dans mon parcours. Toutes celles qui ont été victimes mais ne veulent plus l’être. Qui sont prête à assumer leur part de responsabilité et reprendre possession de leur vie, de leur corps.

Article écrit par Camille Picazo, naturopathe, masseuse d'après les enseignements reçu en massage traditionnel à Chiang Mai en Thaïlande sexothérapeute.


Son site : https://camillepicazo.com

Son instagram : https://www.instagram.com/camillepcz/

Son facebook :https://www.facebook.com/picazocamille/

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