Une naturopathe dans la forêt amazonienne

Mis à jour : janv 14



Hello vous, j’ai envie de vous faire part de mon voyage au Brésil. Une petite part que j’ai écrit dans la forêt, à l’autre bout du monde sur mon carnet… Des moments que j’ai retranscrit poussée par quelque chose d’impalpable, que j’ai écrit alors que j’étais dans la force de la médecine aussi parfois.

Je ne peux y mettre certains détails trop personnels ou dont je n’ai pas envie de parler mais en tout cas c’est un travail d’écriture qui fera parti d’un projet plus grand très prochainement. Un travail au sujet de la connection entre l’Homme et la nature qui je l’espère trouvera un écho pour faire écho. Voici une toute petite mais immmense part d’un voyage qui m’a bouleversée profondément et auquel j’ai été appelée. J’ai pris la décision de partir en Amazonie suite à un appel et une pulsion indescriptible, la pulsion de l’amour…


Voilà six jours qui viennent de s’écouler, en totale immersion dans la tribu Huni Kuin (peuple vrai) dans le village de Caucho à l’ouest toute du Brésil dans la région de l’Acre. Une tribu indigène native de la forêt amazonienne.

Ce voyage est la résultante d’une rencontre clé en novembre 2017. Une rencontre qui allait remettre en question beaucoup de choses, mes croyances dans un premier lieu, la manière de me voir en tant qu’être humain, mais aussi la manière d’appréhender la vie.

J’ai eu la "chance" de rencontrer deux frères Huni Kuin, qui ont fait un long voyage jusqu’en Europe pour partager une partie de leurs savoirs sur les médecines qu’ils utilisent dans leur tradition. Pour que nous puissions prendre aussi conscience de l’urgence de la situation actuelle sur la planète Terre.

Cette rencontre bouleversante me donna envie d’aller explorer par moi-même cette forêt nourrissière et pleine de sagesse. Un véritable appel au plus profond de moi.

J’ai donc programmé mon départ en prévision d’un festival organisé par le village de Caucho : La 4eme édition du festival spirituel et culturel Huni Kuin, du 14 au 19 juillet 2018.

Entre temps j’ai eu la chance de rencontrer d’autres gardiens de la forêt, leaders spirituels et politiques d’une sagesse incroyable et acteurs de l’éducation environnementale…

Une grande source d’inspiration pour moi de voir ces forces qui s’organisent pour la préservation de la nature, de la culture, de toute la richesse que portent ces peuples gardiens de la forêt. Avec cette envie également d’ouvrir les consciences humaines de la Terre dans un grand travail de guérison. Dans une bienveillance à toute épreuve.


Après un long voyage en avion pour aller rejoindre l’autre bout de la terre, me voilà arrivée dans la ville de Rio Branco, capitale de la région de l’Acre, point stratégique et plaque tournante pour les peuples indigènes des environs en termes de connexions inter-villages/villes et avec le reste du monde grâce à son aéroport.

C’est également un lieu clé par la présence d’organisations gouvernementales qui luttent pour la protection des peuples indigènes et qui les aident également à organiser ce genre de rencontres afin de pouvoir partager un peu de leur culture.


De Rio Branco il n’aura fallu pas loin de 6h de route pour rejoindre la ville de Tarauaca. Une route semée d’embuches tant elle est en piteux état. Le paysage durant ce voyage était le même du début à la fin, si bien que nous aurions pu nous croire enfermés dans une sorte de distorsion temporelle qui nous aurait fait vivre en boucle les mêmes images… Un véritable enfer en terme de matière mais aussi dans les ressentis. Des fermes d’élevage bovin à répétition… Des no man’s land multipliés à l’infini… Mais heureusement la lumière est toujours au bout du tunnel…


Et notre arrivée sur la berge du Rio Muru marquait le commencement d’une grande étape.

Une pirogue à moteur, une traversée du Rio Muru au coucher du soleil… Quelle expérience sublime. Une heure en suspension au fil de l’eau. L’humain au milieu de l’immensité de la nature… Face à moi, un jeune Huni Kuin avec qui j’échange quelques phrases, grâce à mes leçons de portugais… Je me rappelerais toujours de cette phrase, de son regard: « on arrive dans 4 virages ». Et sa fierté de me montrer sa maison et ses soeurs qui descendaient la rive pour aller au bord de l’eau…


La nuit est tombée sur l’Amazonie et j’arrive enfin au village, acceuillie par une foule de locaux en effervescence tant le challenge est important pour eux. Une belle énergie masculine nous acceuille.

Le contraste fut assez saisissant entre l’expectative de rencontrer un peuple d’indigènes comme on peut en voir dans certains documentaires à la télévision et la réalité du terrain.

Le monde moderne, avec son lot de superflu a gagné beaucoup de terrain.

Nous sommes accueillis par des hommes mi vêtus de costumes traditionnels, mi vêtus de T-shirt Fluo, look à la mode, à la page donc d’une réalité dont ils ont accès via la télé, l’internet (dans la ville de Tarauaca) et les réseaux sociaux…

Evidemment l’évolution a ses bons côtés, elle est nécessaire mais qu’elles vont en être les conséquences sur leur culture, sur leurs traditions…

Difficile de savoir. En tout cas, eux le vivent très bien!

Le village s’organise en plusieurs groupements de maisons, des petits villages dans le village. Les constructions sont en bois sur pilotis, les matériaux sont naturels. Certains batiments sont en béton et de plus en plus d’habitants veulent des maisons en dur, modernes.



Le village s’étend sur une grande partie de la berge du Rio Muru et s’étire vers la forêt. La gestion politique et spirituelle est assurée par 2 caciques et des pajés.

Une grande clairière déboisée tient en son centre une malloca, lieu de rassemblement pour la communauté qui y organise les évènements culturels et spirituels.


Tout autour, la forêt et les champs de culture.

Il y a des lieux importants pour les rassemblements spirituels dans la forêt également, aux pieds mais devrais-je dire aux racines d’arbres immenses de trentaines de mètres de haut.



La vie s’organise sans stress au rythme du soleil, les habitants sont calmes, marchent avec une nonchalance déconcertante pour un homme des villes. Tout ici respire la tranquillité, tout le monde prend le temps de vivre. Il y a tant d’enfants…


Voici que le premier jour des festivités arrive. Il est maintenant question de faire découvrir la culture de la tribu. Tout le monde a revêtu ses plus belles parures et ses plus belles peintures corporelles.



Quelques vêtements et éléments du « monde moderne » subsistent durant la représentation et il est intéressant de pouvoir observer ce mélange et comment ils arrivent à allier les genres en y trouvant un équilibre, leur équilibre.


Les peintures corporelles sont des protections et représentent des éléments de l’environnement, végétaux, animaux, entités spirituelles. Ces motifs appelés les Kene ont été transmis aux femmes lors d’apparitions divines de la Jiboia enchantée, entité sacrée de l’astral.


Ce sont des invocations du monde vivant pour se protéger de certaines mauvaises énergies, pour transcender la force. Elles réflètent aussi la puissance intérieure de la personne qui les porte. Ces symboles sont présents sur le corps avec les peintures mais ils sont aussi représentés sur les tissages, bijoux et en décoration. Les costumes traditionnels sont composés de jupes en feuilles séchées, de bijoux, de coiffes, de chapeaux ornés de perles, de cocas de plumes…

C’est une symbiose entre l’être humain, son environnement et les forces invisibles.

Le côté esthétique est aussi important.

Certains éléments de confection de l’artisanat et notamment les perles pour la fabrication de certains bijoux ont laissé la part belle au plastique.

Lorsqu’ils sont en costume traditionnel ils sont pieds nus pour conserver la connexion à la Terre.

Leurs danses et chants évoquent leur histoire, leurs traditions, les grands esprits de la créations, les énergies masculines et féminines, la nature et les animaux. Tout évoque l’unité de tout ce qui existe.


Pour eux, la présentation de leur culture est très importante et ils mettent tout en oeuvre pour que tous leurs rites et coutumes soient transmis à la jeunesse.


C’est ce que nous a expliqué l’un d’entre eux, Nui, à l’occasion d’une entrevue privée.

Ils souhaitent non seulement préserver leurs traditions au sein même du village mais ils souhaitent également qu’elles puissent être diffusées à plus large spectre.

D’une part parce qu’ils espèrent une prise de conscience de l’homme occidental en ce qui concerne la forêt amazonienne, toute la biodiversité qui y réside et les peuples qui y vivent.

D’autre part ils espèrent que tout ce qu’ils partagent puissent être une source d’inspiration au niveau individuel et collectif dans la connaissance de son propre soi.

Il persiste une inquiétude en ce qui concerne la destruction de la nature. Nui explique que l’homme a besoin de la nature pour vivre et il doit l’entretenir, mais avec raison, sans la détruire.

Ils oeuvrent avec la main légère dans l’entretien de leur environnement, notamment pour créer des espaces agricoles et des aménagements. J’ai vu ses hommes en action, ramassant des feuilles dans le sous bois pour l’aérer, couper des arbres…. Tout est dosé.

Pour lui, il est primordial que l’homme blanc prenne conscience de tout ceci, et il affirme qu’un lien inébranlable existe entre l’Homme et la nature. Selon lui ce lien vital ne peut être défait.

Il est urgent d’agir en conscience.

Lors du festival, la découverte de la culture est aussi passée par la mise en valeur de la cuisine traditionnelle. Des aliments de bases nourrissants issus de leur terre (manioc, bananes, poissons, gibiers…). La cuisine est simple, sans chichis, les plats sont cuits au dessus d’un feu à même le sol.

Le monde moderne est là aussi venu s’infiltrer avec l’arrivée de snacking, sucreries et aliments raffinés, dont les enfants raffolent, ainsi que les adultes… Il y a un vendeur ambulant qui se poste à côté de l’école et qui ravitaille les élèves en sucreries qu’il va chercher à la ville…


Leur connexion avec la nature et les mondes spirituels est très forte. C’est un art de vivre en communion avec la Terre.

Ils font un usage très précis des plantes sous différentes formes qu’ils utilisent comme leur médecine quotidiennement, mais aussi lors de diètes en isolement dans la forêt de manière ponctuelle.

Profitant de leur temps libre, ils aiment consacrer des moments de rassemblements dans la forêt où ils s’impreignent de la nature environnante et préservée.



Ces moments sont très importants car ils leur permettent de garder le lien avec elle.

C’est aussi l’occasion de se concentrer, de prier et de remercier avec des chants ou juste en introspection.

Pour avoir vécu ces moments avec eux, en allant me connecter dans la nature, j’ai eu la sensation d’aller rendre visite à un parent, à ma mère.

La force y était si puissante que j’ai du m’accoler à un arbre pendant quelques minutes, comme on fait une accolade à un frère, un protecteur, un tuteur.


Tout y est acueillant (bien sur il y a des bestioles mais on les oublie vite lorsqu’on vit ce genre de moments uniques) et tout est matière à nourrir nos sens de part les odeurs, les images, les son… Mais aussi, l’ambiance est tellement enveloppante que tout nourrit nos coeurs.

Ce sont des moments de grâce dans toute sa simplicité et toute sa beauté, dans une nature primitive.

Renouer avec son être primitif est là peut être la finalité. Se retrouver comme un enfant, nu et livré à cette Terre. Vraiment fort. Avec le sentiment d’avoir toujours connu ça et qu’il fallait simplement s’en souvenir.


C’est un don de soi à la Terre mère, un cadeau, un hommage.

C’est un présent que reçoivent les Hommes mais c’est également un don de soi à la nature. Se donner entièrement pour être en harmonie parfaite avec le grand tout. Marcher pieds nus pour sentir la Terre…

Je me suis surprise à surmonter certaines de mes peurs pour aller me balader en pleine nuit seule par besoin de cette connexion avec le grand tout, avec les arbres, la forêt, cette ambiance sonore permanente, les étoiles, la lune, ce ciel magnifique qui tel un tableau merveilleux nous illumine et nous rend humble.


Durant ces moments privilégiés dans la nature mais aussi lors de cérémonie en plus grand comité ouvertes à la communauté tous les week end, ils font usage de leurs médecines telles que le Nixi pae, brevage qui ouvre la porte du monde des esprits et qui permet de se connecter avec le divin.

Des chants spécifiques viennent alimenter l’espace en sonorités et paroles sacrées.

La connaissance de ces plantes et leurs usages ont été reçus des esprit et sont transmis de générations en générations à présent.

Ces plantes leur permettent d’être éclairés, guidés et de se soigner en se remplissant d’une force sacrée.

De ce fait toutes ces médecines soignent les maux physiques comme psychiques.

Tout est question de guérison, si bien que les soins peuvent être individualisés aussi par les pajés, qui viennent ouvrir votre être avec leurs chants, prières et aussi par le toucher. Je me rappelle avec une vive émotion de Maspa la femme pajé qui est venue taper un code précis sur mon front, comme on peut taper sur le clavier de son téléphone son code PIN…


Ces plantes apportent la lumière aux êtres afin qu’ils puissent retrouver l’équilibre. « Le Nixi pae aide le peuple à voir le miroir de la vie. »

La vibration des chants ainsi que les paroles sont des sortes de codes qui ouvrent un portail vers le divin, pour se connecter avec le grand esprit Epa Kuxipa Yuxibu, porteur du savoir ancestral et universel. Le père de l’Univers.

Ce grand esprit est remercié à chaque occasion avec beaucoup de respect.

Toutes les médecines ont des fonctions bien précises et sont très puissantes.

Le Hapé, poudre de plantes et de tabac à priser qu’ils s’insufflent mutuellement ou seuls leur permet d’avoir une vision des choses, au sens propre comme au figuré, plus claire et plus vraie. C’est une médecine très stimulante sur le plan psychique comme physique. La Sananga, extrait liquide d’une liane/racine qu’ils s’instillent dans les yeux leur permet de soigner la cataracte et d’autres pathologies oculaires mais aussi sur un plan de conscience différent elle permet d’accéder à la lumière en surmontant la douleur et en l’acceptant. Traverser l’obscurité pour atteindre l’illumination.

Car certaines préparations sont très douloureuses et il faut donc affronter le mal pour trouver la délivrance. Toutes ces médecines sont là pour purifier et guider les êtres vers la lumière de la sagesse et de l’amour.

Tous nos bagages dont nous devons nous délester et souvent ce n’est pas une promenade de santé.

Les bains d’eau florales, les feuilles et racines utilisées en défumation, les venins d’animaux de la forêt comme le Kambo qu’ils appliquent sur des points de chair à vif, préalablement brulés et qui leur sert de vaccin (Mais là encore il faut lâcher prise car le corps aura une réaction extrême face au poison) sont un panel de possibilités de médecine qu’offre l’environnement dans lequel ils vivent.

Toutes ces médecines sont issues de la nature, plantes ou animaux et les usages de ces dernières leurs ont été transmis par des esprits, divinités, êtres supérieurs.

Toutes ces substances utilisées avec une justesse et une précision remarquables depuis des temps immémoriaux suscitent un engouement certains des laboratoires du monde entier.


Une chose est certaine, c’est que les indigènes, sans avoir eu accès à des données scientifiques font usage, tels des chefs d’orchestres de substances qui leurs donnent accès à des mondes inconnus et connus à la fois car lorsqu’on regarde de plus près leur art, force est de constater la ressemblance frappante avec des structures chimiques telles que les molécules, les cellules ou encore l’ADN…


Les Huni Kuin ont donc une connexion très forte avec la nature dans laquelle ils vivent. Ils s’efforcent de garder ce lien qui les maintient en vie de plusieurs manières.

Ils s’efforcent de transmettre tous ces savoirs aux futures générations et également à des personnes extérieures à leur culture.

Ce peuple a accès à une grande connaissance, sans pour autant pouvoir expliquer tous les phénomènes de manière scientifique. Mais est-ce cela le sens de la vie ? Tout expliquer de manière scientifique ? Alors que nous ne pouvons pas affirmer avec certitude quelle est l’origine de la vie…


Une chose est certaine, c’est qu’ils sont les laborantins de la forêt et que nous devons faire attention aux rapports que nous entretenons avec la nature nourricière sinon cela pourra avoir de graves répercutions sur l’humanité. Nui pense que ce lien ne peut être défait alors peut être que tout n’est pas perdu.

La nature nous donne accès à notre identité même.

« Nous sommes tous des oeuvres d’art » Nui

Article écrit par Aurélie Montanelli, Naturopathe, rédactrice chez Juste Naturo.

Son site : https://naturaurelie.wordpress.com

Son instagram : https://www.instagram.com/aurelie_montanelli_naturopathe/

Son facebook : https://www.facebook.com/aurelielespiedssurterre/

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