Olfactothérapie et maladie d'alzheimer

Mis à jour : mai 4


Le monde des senteurs me passionne. Peut-être mon prénom (celui d’une fleur), m’y a-t-il en quelque sorte destinée? Depuis mon tout premier flacon de parfum (un extrait que m’ontoffert mes parents à la fin de la visite d’un célèbre musée Grassois), c’est presque une obsession.


À la fin de mon cursus en psychologie clinique, j’ai été amenée à choisir un sujet pour mon travail de fin d’études. Parallèlement, je devais trouver un stage. J’avais déjà travaillé l’année précédente avec des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, et j’avais envie detrouver un moyen personnel d’entrer en contact avec elles. J’ai donc choisi une maison de repos et de soins dédiée aux personnes souffrant de démences dégénératives.

Très intéressée par la naturopathie et les huiles essentielles, j’ai eu envie de concilier mes centres d’intérêt et je suis partie dans la direction de l’olfactothérapie.


  • Mais qu’est-ce que l’olfactothérapie ?

Selon Bouvet (2013), l'olfactothérapie est une technique mise en valeur par Patty Canac, qu'elle a principalement utilisé avec des patients cérébrolésés à l'Hôpital de Garches dans le service de neurologie. Il s'agit, dans le cas des patients souffrant de troubles cognitifs (par exemple suite à un AVC, ou un accident de la route), de stimuler la mémoire afin de la rééduquer, à l'aide de parfums et d'odeurs. Patty Canac est enseignante à l'ISIPCA de Versailles (Institut supérieur international du parfum de la cosmétique et de l'aromatique alimentaire) et à la FLMNE (Faculté libre de médecine naturelle et d’ethnomédecine de Paris).


Patty Canac propose à ses patients une sélection d'odeurs après un entretien avec la famille, afin de cerner celles qui pourraient les aider à se réapproprier des souvenirs. Ainsi, le parfum de la menthe peut rappeler les chewing gums qu'un patient adore consommer, celui de l'encens peut être associé à un voyage... La mémoire olfactive est étroitement liée aux émotions, et bien plus qu'une stimulation de la mémoire, ce type d'exercice permet de se réapproprier sa propre histoire.

« Le lien entre l'odorat et la mémoire est si puissant qu'une odeur peut ainsi faire resurgir des pans entiers d'un passé oublié, voire nous faire revivre presque charnellement la même scène »

(Canac, P., Samuel, C., Socquet-Juglard, S., 2008).


  • Une anxiété quotidienne.

La maladie d’Alzheimer « entraîne une disparition progressive des neurones dans les régions de notre cerveau qui gèrent certaines capacités comme la mémoire, le langage, leraisonnement ou encore l’attention » (France Alzheimer, 2018).

J’ai principalement travaillé avec des résidents aux stades les plus avancés de la maladie, et je les accompagnais régulièrement dans leurs errances inquiètes. J’ai donc rapidement constaté que la désorientation liée à la maladie entraînait une anxiété assez importante. Parfois, revivant des scènes de leur passé, certains cherchaient papa ou maman. D’autres ne comprenaientpas ce qu’ils faisaient là, parmi ces gens malades. Cruelle maladie. Je me suis alors demandé comment je pouvais tenter d’aider ces personnes à l’aide de cet intérêt grandissant que j’avais pour l’olfactothérapie.


  • Explorer les souvenirs à l’aide des senteurs.


Dominique-Alice Decelle (2013) constate qu’avec l’évolution de la maladie d’Alzheimer, on observe un effacement progressif des souvenirs les plus récents. Ce sont donc les anciens souvenirs qui sont les mieux conservés. J’ai eu envie de mettre ces souvenirs en valeur, à travers une activité de reconnaissance des senteurs.


Après la lecture du livre « Etes-vous au parfum ? Comment mieux sentir, pour mieux vivre » de Patty Canac et Samuel Soquet-Juglard, je m’en suis inspirée pour proposer aux résidents une activité autour des senteurs et des souvenirs.

À l’aide de mon orgue à parfums, je leur ai proposé des odeurs assez simples à reconnaître (fraise, lavande, rose...) et d’autres plus complexes (une senteur boisée pouvant évoquer l’odeur d’un parquet, d’un meuble ; le vétiver très présent dans les parfums masculins, pouvant rappeler l’odeur du père, d’un frère ; le cuir le canapé d’un grand-parent ou une selle de cheval).

Je leur demandais dans un premier temps s’ils reconnaissaient l’odeur que je leur proposais, et ensuite je leur demandais si elle leur évoquait un souvenir et s’ils souhaitaient me le raconter.


En fonction des sensibilités et des mots disponibles, chacun a participé avec un intérêt du moins apparent. Je les voyais humer, apprécier, exécrer, réfléchir. Parfois, une lueur s’allumait dans leurs yeux. Une dame m’a ainsi fait part de ses souvenirs liés à son jardin, après avoir senti les senteurs florales que je lui proposais. Elle adorait y flâner et poser son nez sur les fleurs. Elle m’a longuement parlé des parfums qu’elle affectionnait et qu’elle aimait porter.


Une autre résidente m’a parlé des champs de lavande à proximité de la maison qu’elle habitait, dans le sud de la France. A travers mes petits papiers imbibés desenteurs, je permettais à ces personnes d’accéder à des souvenirs intacts, et pendant quelques instants ils renouaient avec une période de leur vie dénuée de la maladie.

Ainsi, les souvenirs évoqués étaient principalement positifs et agréables, mais notons que ce type de méthode peut également faire remonter à la surface des moments plus difficiles, et qu’ilvaut mieux être formé pour offrir le meilleur accompagnement possible à ces personnes.


  • L’olfaction, un sens au pouvoir apaisant.

J’ai eu envie d’en savoir davantage sur l’olfactothérapie, et j’ai suivi le cours d’Introduction à l’olfactothérapie dispensé par Patty Canac, à la FLMNE. Je suis revenue avec de précieuses informations pour mon travail, et l’envie d’approfondir mes connaissances dans le domaine de la naturopathie.

J’ai également découvert les effets plus spécifiquement apaisants de certaines huiles essentielles (le néroli et la lavande, par exemple), qui pouvaient peut-être se révéler d’une grande aide face à l’anxiété chez les personnes désorientées.

Pour savoir si les huiles essentielles présentaient un intérêt spécifique dans le cadre de la maladie d’Alzheimeret de l’anxiété qui en découle, j’ai interrogé des olfactothérapeutes qui travaillent avec les personnes atteintes par cette pathologie. Ils se sont prêtés avec gentillesse au jeu, et ont répondu à mes nombreuses questions à propos des huiles essentielles sélectionnées et de leurs vertus, ainsi que leurs observations. J’ai ensuite effectué un travail de synthèse et d’analyse, détaillé dans mon travail de fin d’études.


  • L’avis des olfactothérapeutes.

Est-ce que l’olfactothérapie est un moyen adéquat pour tenter de diminuer l’anxiété liée à la maladie d’Alzheimer ? Les réponses convergent la plupart du temps vers une efficacité de cette méthode sur la problématique, mais les points de vue sur l’essence-même de l’olfactothérapie divergent parfois... Deux points m’ont interpellée dans l’analyse des réponses. Il en ressortirait deux visions de l’olfactothérapie.


La première consisterait à associer une ou plusieurs huiles essentielles spécifiquement à une problématique (ici l’anxiété chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer). Il s’agirait d’une solution type à un problème donné.

Dans le cas de l’anxiété liée à la maladie d’Alzheimer, ce serait donc principalement une huile essentielle aux propriétés apaisantes qui serait conseillée. Cependant, certains olfactothérapeutes ont émis quelques réserves parrapport à cette vision des choses, et ont trouvé que c’était quelque peu réducteur pour l’olfactothérapie.


Ceux-là ont répondu en exposant une deuxième définition de l’olfactothérapie qui serait plus prudente, et prônerait plutôt d’associer le choix des senteurs et des huiles essentielles à l’histoire de la personne.

L’individualité est ici mise en avant, l’histoire du sujet influencerait l’efficacité de telle ou telle huile essentielle sur l’anxiété du sujet.

Cette deuxième vision de l’olfactothérapie permettrait également de mettre en garde contre un effet paradoxal qui a été mis en évidence par une intervenante : selon l’histoire de la personne, et des souvenirs qui ont été associés à une senteur, l’olfactothérapie peut avoir l’effet inverse à celui escompté, et induire de l’anxiété ! C’est un point qu’il semble important de garder à l’esprit, pour tenter d’accompagner au mieux les personnes dans ce type de démarche. Il ne suffirait donc pas d’utiliser une huile essentielle précise dans le cadre d’une problématique déterminée selon ces intervenants. Et cette technique est à manier avec prudence, dans un cadre spécifique avec des personnes formées à accueillir les émotions.


Malgré cette dernière remarque importante, la plupart des personnes interrogées ont observé de l’anxiété chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer avant de commencer les séances d’olfactothérapie. L’anxiété chez ces personnes se manifestait à travers des troubles du comportement, comme des cris, de la déambulation pathologique ou des attaques de panique.

Les causes potentielles mises en évidence à travers les réponses sont le sentiment de perte et d’échec, ainsi que le sentiment de dépendance.


  • Conclusion.

Malgré la légère divergence dans la manière d’appréhender l’olfactothérapie mise en évidence plus haut, de façon générale les différents intervenants semblent s’accorder sur le fait que l’olfactothérapie permettrait d’accompagner la personne atteinte de la maladie d’Alzheimer vers un mieux-être. Que ce soit à l’aide d’une sélection d’huiles essentielles assez précise, où à travers une démarche de prise en charge plus globale, l’olfactothérapie semble faire l’unanimité auprès des intervenants dans l’accompagnement de l’anxiété chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

Deux olfactothérapeutes ont d’ailleurs mentionné spontanément que le motif de la consultation était lié à des manifestations de l’anxiété, chez ces personnes. Il ressort globalement que l’olfactothérapie serait un moyen d’accompagner les émotions grâce aux odeurs. Ces éléments semblent aller dans le sens de l’hypothèse selon laquelle l’olfactothérapie serait une technique adéquate dans l’accompagnement de l’anxiété.


J’ai eu à cœur de vous présenter le cheminement qui m’a amenée à faire le lien entre l’olfactothérapie et la maladie d’Alzheimer, car je pense que c’est une technique qui gagnerait à continuer à se faire connaître. Je remercie Adrien de m’avoir permis de le faire sur ce site qui regorge d’informations et à l’énergie ultra communicatrice ! Je compte continuer à en parler sur mon blog plus en détails, car le sujet me passionne.


  • Sources.

Bouvet, C., (2013). Manipulations olfactives. Paris : Editions Payot & Rivages. Canac, P., Samuel, C., Soquet-Juglard, S., (2008). Etes-vous au parfum ? Comment mieux

sentir, pour mieux vivre. Paris : InterEditions. Decelle, D.-A., (2013). Alzheimer. Le malade, sa famille et les soignants. Paris : Editions Albin Michel.

France Alzheimer (2018). Causes et évolutions de la maladie d’Alzheimer. En ligne https://www.francealzheimer.org/maladie-dalzheimer-vos-questions-nos-reponses/causes- evolutions-de-maladie-dalzheimer/


Haesendonck, I. (2014). Approche de l’olfactothérapie. Un moyen de diminuer l’anxiété liée à la maladie d’Alzheimer ? Unpublished document, Institut Libre Marie-Haps, Bruxelles.

Iris, rédactrice chez Juste Naturo, elle est diplômée en psychologie clinique, spécialisée dans l'olfactothérapie dans le cadre de la maladie d'Alzheimer.


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