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Hildegarde de Bingen: une moniale du 12e siècle qui inspire la naturopathie.

Dernière mise à jour : 4 sept. 2022



On parle beaucoup des hommes dans les personnalités qui font partie des piliers qui fondent la naturopathie. Aujourd'hui, c'est avec une certaine émotion que je me plonge dans les écrits d'Hildegarde (1098-1179), une moniale allemande, et vous témoigne ici toute mon admiration pour cette femme qui a su au début du 12e siècle prendre sa place et soutenir avec vigueur et amour les sciences naturelles.


Hildegarde, "ancêtre des naturopathes"


Même France Culture (1) nous en parle comme étant "l'ancêtre des naturopathes". Les frissons me parcourent le corps, mon imaginaire rêve et je suis fier de marcher dans ses pas. Il est indéniable que les moines et les moniales du moyen-âge furent pour beaucoup dans la préservation de l'enseignement des plantes et des remèdes déjà utilisés par nos anciens.


Les écrits nous racontent qu'Hildegarde a eu, dès l'âge de 3 ans, des visions "divines".


« Dans la troisième année de mon âge j'ai vu une telle lumière que mon âme en a été ébranlée, mais à cause de mon enfance je n'ai rien pu en dire » (2)

Elle rentre dans les ordres vers ses 8 ans pour se consacrer au seigneur. Des années plus tard, à l'âge de 15 ans, elle prononce ses voeux perpétuels et revêt le voile monastique.


À notre époque, un regain particulier nous rappelle à sa mémoire. Ses écrits, ses réflexions et l'éclectisme de ses réalisations, ainsi que sa foi incarnée dans ses visions et déposée dans l'écriture d'ouvrages (le Scivias, Liber vitae meritorum, le Liber simplicis medicinae...) et partitions de musique (elle composa 77 pièces liturgiques), encouragent le pape Benoit XVI à la canoniser en 2012 et à la nommer "docteur de l'Église".


Hildegarde était indéniablement une femme savante, une femme multiple et une femme médecine. D'ailleurs, elle publie des traités médicaux, usant aussi bien des éléments des grands savants que des remèdes issus des traditions populaires.



Femme influente


Femme influente également, Hildegarde était conseillère de nombreuses puissances ecclésiastiques dont des évêques et des papes (Eugène III). Mais également des puissances temporelles comme Henri II d'Angleterre ou encore l'empereur Frédéric Barberousse. L'achèvement de son premier ouvrage, décrivant ses visions mystiques depuis sa petite enfance en 1151, le Scivias, lui apporta une grande renommée dans la société de l'époque. Elle eut l'autorisation de créer son propre couvent, où elle n'acceptera que des femmes issues de l'aristocratie, comme elle !


Poétesse


Hildegarde fut également poétesse, puisant ses mots dans l'amour courtois !


" Ô toi, la plus belle et la plus suave, Combien Dieu s'est plu avec toi Lorsqu'il a placé en toi l'étreinte de sa chaleur Et qu'ainsi tu as nourri Son Fils Ton ventre s'est réjoui Quand tu as fait retentir toute la symphonie des cieux, Car, ô Vierge, tu as porté le Fils de Dieu Et ta pureté a resplendi en Dieu. "


Hildegarde, une guérisseuse ingénue


Depuis son enfance, Hildegarde est régulièrement sujette aux migraines, ce dont certains historiens voient comme étant à l'origine de ses visions. Sa santé fragile et ses responsabilités grandissantes au sein des communautés religieuses, influencèrent son étude de la santé. À l'âge de 38 ans, élue abbesse de Disibodenberg, puis fondatrice de son propre couvent en 1147, elle avait également à coeur de soutenir la santé de ses soeurs moniales, dont elle avait la charge. Très certainement aussi au travers de l'accompagnement des malades venant trouver réconfort et guérison derrière les murs du couvent.



C'est dans la nature et ses visions qu'elle puise son inspiration. Néanmoins, nous pouvons supposer qu'ayant accès à différentes sources plus ou moins anciennes (les abbayes et couvents étaient les lieux de copie des ouvrages au moyen-âge), par exemple de Pline ou Walafrid Strabon, Hildegarde eut là la possibilité de s'instruire et nourrir ses connaissances en santé.


Dans son ouvrage : Le livre des subtilités des créatures divines, Hildegarde nous dit :


" L’oignon n’a pas une bonne chaleur mais une humidité pénétrante; il pousse grâce à la rosée qui apparaît au point du jour, c’est à dire quand les forces de la rosée se sont déjà dissipées. Si on le mange cru, il est dangereux et vénéneux, tout comme le suc des plantes nuisibles; cuit, il est bon à manger, car le feu détruit tout ce qu’il contient de nocif. Et il est bon, cuit, pour ceux qui ont des maladies des yeux ou de la fièvre, ou sont atteints de goutte. Pour ceux qui ont l’estomac malade, il cause des douleurs aussi bien cuit que cru, car il est empli d’humidité. "

Hildegarde, naturopathe dans l'âme ?


Sans aller jusque dans la récupération, Hildegarde a indéniablement l'adn naturo en prônant une médecine préventive, mais bien tranchée dans les préceptes de l'église du moyen-âge. Selon ses écrits, l'état normal de l'homme est la santé. Elle impute à la maladie la chute de l'homme. Avant la pomme et le serpent, Adam et Ève avaient la santé parfaite !


Comme le préconisait Saint Benoît (cf : règle de Saint Benoît), Hildegarde propose à l'homme qui recherche la santé de s'inspirer de la nature, entretenir avec elle un rapport harmonieux, de manger à sa faim, mais pas plus, et veiller à la qualité de son sommeil. Ici, nous sommes directement dans la tradition naturopathique. Et il est bluffant pour moi de découvrir qu'elle expliquait également à ses contemporains de porter une attention particulière à la bonne digestion, aux éliminations soutenues des fluides et à une vie sexuelle épanouie. Nous sommes ici dans les fondements de la naturopathie que sont la loi de l'homéostasie, l'humorisme, l'hygiénisme... J'aurais adoré pouvoir la rencontrer !


Hildegarde s'intéresse à la qualité et à la couleur de la peau des personnes qui lui demandent conseil, aux états de maigreur ou de pléthore en pointant le curseur de la santé sur un stade de déséquilibre des humeurs à l'origine de l'état de maladie. Ici, nous sommes bien dans la tradition hippocratique et je ne doute pas qu'Hildegarde ait eu accès aux ouvrages du Corpus Hippocraticum.


Hildegarde, une vision holistique de la santé et du corps


Spirituelle et religieuse, Hildegarde exprime également l'importance de soutenir par l'amour l'âme et l'esprit afin de maintenir une juste santé.

 

Sources :

  1. Régine Pernoud, Hildegarde de Bingen, coll. « Le Livre de Poche » (no 913), 1996, 188 p. (ISBN 978-2-253-13913-3), p. 14-15..

 

Article écrit par Adrien Ruet, praticien naturopathe, fondateur et directeur de publication de Juste Naturo & formateur en école de naturopathie.


Son Facebook : Juste Naturo

Son Instagram : juste_naturo

Son youtube : JUSTE NATURO

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