" EN LIBERTÉ ! "... Un film qui nous montre comment faire évoluer le paradigme de notre société !?




J’ai interviewé le passionnant et passionné Alexandre Ferrini, réalisateur du film « En liberté, le village démocratique de Pourgues » (vous pouvez visionner la bande annonce ici), sur ce projet qu’est le village de Pourgues qui, tel un retour de force, d’une réalisation d’un rêve que l’on touche bien souvent du doigt sans jamais l’explorer, transcendante les espérances, casse les codes et nous montre une possible réorganisation de notre société en accord avec les lois de notre terre et de notre nature.


Cher Alexandre, peux-tu nous parler des objectifs qui ont animé la création de ce projet ?




Il y’a 4 ans, une graine germa, une graine totalement folle et désinvolte, mais emprunte d’une profonde recherche de sens. Cette graine porte un nom : le village de Pourgues, projet complètement idéaliste et très risqué. Imaginez, vous rassembler 30 personnes qui ne se connaissent pas ou peu pour certaines ! Que le paradigme soit changeant du tout au tout !


Du jour au lendemain elles se retrouvent sur une terre de 50ha, à collaborer ensemble comme une nouvelle tribu, une nouvelle famille !


Ce pari réunissait plusieurs de mes centres d’intérêt :


- le renouveau éducatif,

- la transition écologique,

- la construction d’une vie collective respectueuse de l’individu,

- la permaculture


Ce projet, c’était l’occasion de réunir en un même lieu tous ces champs d’expérimentation, sur un terrain de jeu de 50 hectares et avec 25 autres passionnés !



Un des objectifs principaux était nous offrir à tous, quels que soient nos âges, sexes ou situations, un cadre co-construit dans lequel nous pouvons être respectés en tant qu’individus libres et responsables. Dans ce cadre, qui reste toujours évolutif, nous nous offrons l’espace de nous déployer sans pression extérieure abusive dans la direction qui nous convient, en ayant confiance que cette direction sera juste pour nous et pour notre environnement.


Pour cela, nous avons eu à cœur de conceptualiser une société d’une nouvelle manière, avec les outils que nous avons évalué comme étant les plus pertinents pour une gouvernance horizontale qui favorise l’émergence de l’intelligence individuelle et collective.


Nous sommes aussi plusieurs ici à avoir comme souhait de développer une autonomie de plus en plus grande par rapport au modèle dominant : autonomie matérielle (énergie, alimentation, etc…) mais aussi autonomie de pensée, et nous sommes actifs dans ces deux directions.


LE COMMENCEMENT


Une fois que l’idée a émergé de manière concrète et avec l’envie de la réaliser, le groupe s’est constitué en quelques mois à peine, et le lieu fut acheté dans l’année qui a suivi. Pour réunir les sommes nécessaires, chacun a investi ce qu’il pouvait à son niveau (parfois rien du tout, ce n’était pas une condition pour faire partie du projet), nous avons sollicité nos proches pour des prêts, avons fait une campagne de financement participatif, le propriétaire nous a également fait crédit d’une partie de la somme… et nous avons réussi !

Quand on se lance dans l’aventure de la vie, elle nous accompagne toujours.


Nous ne nous connaissions pas pour la plupart, avant de nous installer ensemble, et nous avons découvert que nous étions tous très différents. C’était un véritable challenge de faire cohabiter autant de sensibilités : entre les véganes et ceux qui souhaitaient élever des animaux, les nudistes et ceux que la nudité dérangeait, les différences au quotidien dans les besoins de rangement, de calme, ou encore entre les différentes définitions de la notion d’écologie pratique ! Mais le mode de gouvernance que nous avions choisi, inspiré des écoles démocratiques type Sudbury, était justement là pour nous permettre de co-créer un cadre de vie commun et flexible dans lequel nous nous sentions tous à l’aise.



Une des difficultés que nous avons rencontré, c’est de composer avec notre envie de départ de construire des habitats légers, écologiques et autonomes, sur place et la classification légale de notre terrain, qui ne nous permet pas aujourd’hui de construire ce type de structures pour y vivre, mais uniquement pour les louer à des visiteurs.


Nous créons peu à peu un lien de confiance mutuelle avec la mairie, mais cela n’était pas gagné d’avance. Des structures légères avaient été construites sans autorisation au tout départ, et cela à créé une certaine tension. De plus certaines rumeurs circulaient sur notre projet (Étions-nous une secte ? Pourquoi les enfants n’allaient pas à l’école ? Que venions-nous faire ici ?). Nous avons organisé plusieurs évènements festifs, des visites guidées, une réunion publique, et nous prenons peu à peu notre place dans le territoire, en tissant des liens avec nos voisines et voisins ariégeois…. Quelle joie !


Une autre difficulté a été la pérennité financière du projet. Au bout d’un an sur place, nous nous sommes rendu compte que nous avions besoin de nous retrousser les manches si nous ne voulions pas faire rapidement banqueroute. Alors, les idées ont fusé : comment dépenser moins ? Comment gagner suffisamment pour pouvoir payer nos frais et investir dans le développement du projet ? Nous avons entre autres réduit les dépenses alimentaires au minimum (fruits, légumes, farines, graines), développé les jardins, et avons décidé démarrer une activité d’accueil sur place.




LA RADICALITÉ


Avec ce lieu, l’idée est vraiment d’incarner nos idéaux, de s’y frotter, de tomber, de se relever et de se frotter à l’essence même de la vie. C’est un grand terrain de jeu qui nous permet de matérialiser ce que nous avons au plus profond en nous !




Pour moi, notre « radicalité », c’est notre force. Je préférerais que le projet s’éteigne plutôt que de revenir sur nos « idéaux » de base. Par exemple, dans ce pari en la capacité de l’individu à se responsabiliser, nous avons fait le choix de ne rendre aucune tâche obligatoire. Il y a tout un lieu à faire tourner, avec des dizaines de visiteurs par semaine à certains moments, des chambres et des repas à préparer, une maison à nettoyer, des jardins à entretenir, la liste est longue pour que tout « roule ». Et pourtant personne ici n’est obligé de rien, tout se fait sur la base de la transparence et du volontariat. Pareil pour la participation financière mensuelle, nous avons un pot commun avec lequel nous payons les charges et achetons les matériaux et aliments de base, mais il n’y a pas de contribution minimum, nous faisons confiance à chacun pour faire au mieux, et confiance en la vie pour que les disparités se transforment en complémentarité. Et ça fonctionne bien.


C’est un total changement de regard sur la personne humaine : nous avons appris à nous méfier de l’autre, à nous mettre en compétition. Ici nous réapprenons à nous faire confiance et à collaborer, sans nous forcer, mais parce que c’est ce dont nous avons spontanément envie.


L’ENFANCE


L’une de nos grandes différence par rapport au monde ou d’autres éco-villages ou communautés c’est notre rapport à l’enfance.



Que les enfants soient libres d’être respectés dans leurs droits fondamentaux, celui de disposer de leur corps et de leur esprit notamment, nous a paru une évidence, même si aujourd’hui les discriminations liées à l’âge sont encore la norme.


Inspirés entre autres par les différentes expériences d’école qui ont laissé les jeunes libres de choisir leurs apprentissages (dont la plus ancienne, Summer Hill, a plus de 80 ans), nous avons fait le choix de miser sur la pertinence intrinsèque des individus à s’autodéterminer, dès le plus jeune âge.


Que se passe-t-il lorsqu’on laisse un individu se construire dans un cadre sécurisant et sans pression extérieure ? Alors il a l’espace d’apprendre à se connaître, de construire son expérience et son rapport au monde sereinement, de trouver la voie de son enthousiasme et de son génie personnel.


Il y a beaucoup de confusion et de peur liées à ce choix éducatif. Dire que les enfants ici sont « libres » ne signifie pas qu’ils font « ce qu’ils veulent ».


L’apprentissage de la liberté va de pair avec celui de la responsabilité, et constitue une expérience de chaque jour (ça vaut aussi pour les adultes !). Cela ne signifie pas non plus qu’il n’y a plus de transmission ou d’accompagnement, mais que cet accompagnement ne se base plus sur un rapport de domination. Il n’est pas non plus question de considérer que les enfants seraient des sortes de mini-adultes, mais que leurs spécificités ne justifient pas une inégalité en droit et en considération.


PARTAGER


L’idée est de partager au plus grand nombre notre philosophie, notre mode de vie. Je vois un futur rempli d’oasis, plus ou moins autonome et plus ou moins en relation les unes avec les autres.





J’observe que ce qui fonctionne le mieux, c’est le partage concret de nos vécu. À travers le film « EN LIBERTÉ ! », ou une interview comme celle-ci, ou encore mieux avec une immersion directement dans un lieu comme le Village de Pourgues…C’est là que les préjugés sur la vie à la campagne (« On va s’ennuyer là-bas ! »), ou la vie en collectif (« Ça doit être le chaos, moi je ne pourrais pas… » ) peuvent se dissoudre d’eux-mêmes, et que l’on peut expérimenter le retour à la joie d’une vie simple matériellement et la découverte d’une qualité de vie où les paysages grandioses de nature sont présents au quotidien, où l’on réapprend à faire des choses de ses mains et à œuvrer avec la Terre, où l’on développe un nouveau rapport au temps et à l’activité, etc.


Certains membres du village accompagnent les porteurs de projets d’écovillage qui s’intéressent à notre mode de gouvernance, nous organisons aussi des formations immersives sur ce sujet où nous partageons toute notre expérience et les connaissances que nous avons acquises.


Et surtout, notre expérience ici montre que le carburant principal pour réaliser une transition de ce type n’est pas la peur d’un futur effondré, ni même la colère contre un système en perdition, mais plutôt l’enthousiasme et la joie à vivre selon ce qui nous semble juste, ce qui nous fait vibrer, ce qui fait sens pour nous. Cela peut sembler un détail… mais à bien y réfléchir cela a son importance.


Article écrit par Alexandre Ferrini et Adrien Ruet


Les liens du film : https://onpassealacte.fr/boutique.en-liberte.100436012608.html

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